L'effet Matilda
femmes oubliées de la science
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L’effet Matilda ? Qu’est ce que c’est ? S’agit-il d’une femme ? Pourquoi est-il important d’en parler ? L'effet matilda, selon Wikipédia, est le déni, la spoliation ou la minimisation récurrente et systématique de la contribution des femmes à la recherche scientifique, dont le travail est souvent attribué à leurs collègues masculins.
Origine
C'est en 1870 que pour la première fois ce phénomène est évoqué. Il est écrit sur des tracts, il s’agit de l’essai de la suffragette et abolitionniste Matilda Joslyn Gage (1826 - 1898). Plus tard, en 1883 il sortira dans un article du North American Review. Mais le terme a été véritablement créé en 1993 par l’historienne des sciences Margaret W.Rossiter.
L'effet matilda est là pour dénoncer l’appropriation scientifique des hommes sur leur collègue féminine. Ils sont ainsi injustement nominés pour une découverte qui ne leur appartient pas.
Ce phénomène est comparé à l’effet Mathieu, il reprend cette idée d’invisibilisation mais cette fois-ci il prend appui sur l’ancienneté. En effet, sa définition est qu'un scientifique éminent obtient souvent plus de crédit qu'un chercheur relativement inconnu, même si son travail est partagé ou similaire.
C’est en travaillant sur l'effet mathieu que l'historienne remarque qu’il s’effectue de plus en plus et particulièrement à l’encontre des femmes. Elle donne donc pour nom l"effet matilda" à sa théorie pour rendre hommage à la suffragette américaine, Matilda Joslyn Gage. Mais il agit aussi lorsqu’une femme découvre quelque chose en même temps qu’un collègue masculin : souvent, seul le nom de celui-ci est retenu.
Margaret W.Rossiter
Exemples
Nous pouvons citer deux noms célèbres pour avoir subi cet effet, mais en réalité il y a bien plus de femmes l’ayant subi, parfois leurs travaux ont été reconnus plus tard et ont pu obtenir un prix mais très souvent, rien n’est fait pour modifier cette erreur.Rosalind Franklin (1920 - 1958) a découvert la structure de l’ADN, pourtant la reconnaissance est allée à ses collègues Watson et Crick. Un autre cas tristement célèbre est celui de Lise Meitner (1878 - 1968), chercheuse ayant découvert la fission nucléaire. Le prix Nobel attribué à cette découverte a été attribué à son collègue masculin.
Aujourd’hui, nous avons conscience de ce problème et nous essayons de leur rendre hommage à travers des documentaires ou des nominations post-partum notamment pour les exemples cités ci-dessus.
Elles sont à présent reconnues mondialement comme étant les véritables propriétaires de ces découvertes. Nous pouvons également citer Maryam Mirzakhani, qui est la première femme à recevoir la médaille Fields en mathématiques en 2014. Bien que sa nomination soit arrivée tardivement, elle a été médiatisée en masse pour souligner l’importance des femmes dans le domaine scientifique qui ont été trop longtemps oubliées. Nous pouvons noter ce fort désir, qui s'est popularisé depuis quelques années, de leur rendre ce qui leur est dû.
Reconnaître ces injustices passées est essentiel pour encourager une science plus équitable et mettre en lumière les talents féminins encore trop souvent ignorés.
Dans la culture et les médias
Depuis quelques années, plusieurs œuvres culturelles cherchent à réhabiliter ces figures oubliées. Le film Les Figures de l’ombre (2016) met en lumière trois mathématiciennes afro-américaines de la NASA restées longtemps dans l’ombre de leurs collègues masculins. De même, des séries documentaires comme Genius ou Les Pionnières de la Science redonnent une voix à ces femmes invisibilisées. Malgré les progrès réalisés, les inégalités persistent.
Selon un rapport de l’UNESCO, les femmes ne représentent encore qu’environ 30 % des chercheurs dans le monde
Elles reçoivent également moins de financements pour leurs projets et sont moins souvent citées dans les articles scientifiques. Depuis la création des Prix Nobel en 1901, seulement 61 femmes ont été lauréates (tous prix scientifiques et littéraires confondus) sur plus de 900 lauréats.
Cet effacement des femmes n’est pas seulement une question de reconnaissance scientifique, il s’inscrit dans une société qui valorise davantage le travail des hommes.Reconnaître ces injustices passées est essentiel ces injustices passées est essentiel pour encourager une science plus équitable et mettre en lumière les talents féminins encore trop souvent ignorés. C’est d’ailleurs avec cette volonté que le 11 février a été créée, journée des femmes et des filles de la science ou encore le 9 mars, journée pour les droits des femmes qui met plutôt l’accent sur les femmes globalement. L’effet Matilda ne concerne pas uniquement les pays occidentaux. Dans le monde entier, de nombreuses chercheuses ont vu leurs travaux minimisés ou attribués à d’autres. En Afrique, en Asie ou en Amérique latine, de plus en plus de programmes cherchent aujourd’hui à documenter et valoriser ces parcours.
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